La Lettre des Arboristes n°6

Georges Feterman, Président de l’association A.R.B.R.E.S.

Voici maintenant une vingtaine d’années, les premiers adhérents de l’association A.R.B.R.E.S tombèrent dans une étrange « marmite », celle des arbres remarquables. La potion magique qu’elle contient génère un curieux état second, et quasi-permanent, qui pousse à rechercher, dans les villages et les forêts, dans le plus petit des hameaux, l’arbre extraordinaire qui va marquer les esprits. Car le domaine des arbres remarquables est avant tout une affaire de cœur, ou plutôt de coup de cœur. C’est même le premier des critères qui permet de définir un arbre remarquable : le coup de cœur, l’émotion. On parcourt la campagne, on fréquente d’innombrables coins perdus, et tout à coup, il est là, il s’impose comme une évidence, il devient inoubliable ! On note précisément les coordonnées de l’arbre en question, les moyens d’y accéder. On prend ses mensurations. On meurt d’envie de connaître son histoire, on cherche le meilleur moyen de le protéger. Tous les « chercheurs d’arbres » souhaitent inévitablement faire partager leurs découvertes. Publier s’impose comme une nécessité, et rassembler les informations devient une demande pressante, à laquelle cette brochure tente modestement de répondre ! Au-delà de l’émotion spontanée, quelques critères plus rigoureux permettent de définir un arbre remarquable. Son âge tout d’abord, bien difficile à définir. La France possède quelques arbres assurément millénaires, en particulier des ifs, des oliviers, des châtaigniers et des chênes. Mais attention, la relativité est de mise pour ce critère. Un hêtre bicentenaire est un vieillard, tandis qu’un chêne de deux siècles est en pleine force de l’âge. Les dimensions sont à l’évidence un critère déterminant pour affirmer le caractère remarquable d’un arbre. Mais là encore, il est prudent de ne pas se gargariser de valeurs « record » : « le plus gros », « le plus grand », sont des notions à manier avec la plus grande prudence, même si elles peuvent être indicatives. Un platane de cinq mètres de circonférence n’est pas exceptionnel, et pas forcément très âgé, tandis qu’une aubépine de deux mètres cinquante de tour peut avoir largement plusieurs siècles d’âge. La forme de l’arbre est un critère très important. Elle peut dénoter une anomalie qui le rend remarquable, comme le montre l’exemple des hêtres tortillards. Elle peut révéler une tradition rurale, à l’instar des hêtres plessés du Morvan, dont les branches furent jadis entremêlées de mains d’hommes. Les arbres têtards, ou trognes illustrent également un patient travail humain. Une dernière « catégorie » d’arbres remarquables correspond à ceux qui ont une valeur historique, comme les nombreux arbres dits « de Sully » D’autres sont liés à la religion, abritant des chapelles ou portant des ex-votos, d’autres enfin se rapportent à une légende, souvent liée à l’histoire régionale. Il ressort de l’ensemble de ces éléments une caractéristique presque incontournable : l’arbre devient remarquable parce qu’un jour des hommes en ont décidé ainsi. Il prend alors une valeur symbolique qui, d’une certaine façon, le protège. L’association A.R.B.R.E.S. est donc l’enfant de tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ont décidé autrefois de préserver un arbre, le conduisant à vivre bien plus longtemps qu’il ne le ferait en milieu naturel. La France regorge d’arbres qui rassemblent ces critères, s’appuyant sur des traditions profondes, et sur une Histoire exceptionnellement riche. Les faire découvrir est devenu incontournable, car les recherches dans ce domaine sont parvenues à maturité. Il est temps de considérer ces sujets remarquables comme une merveilleuse contribution au riche patrimoine de notre pays.

Les arbres exceptionnels par leur âge, leurs dimensions, leurs formes, leur passé ou encore leur légende sont appelés Arbres Remarquables. Ces ligneux représentent un patrimoine naturel et culturel qui doit être conservé. Comment identifier un Arbre Remarquable ?

–  Age : l’âge avancé d’un arbre est un paramètre important. La consultation d’archives (carte postales, gravures…), la localisation de l’arbre et son environnement ainsi que les témoignages, permettent d’estimer l’âge d’un arbre tout en conservant son intégrité. Ce critère dépend de l’essence: un if de 500 ans n’est pas exceptionnel, un hêtre de 500 ans serait exceptionnel. Eléments visibles indiquant des signes de vieillesse : arbre peu vigoureux (croissance lente, peu de feuilles en saison…), aspect irrégulier du tronc et des branches (présence de bourrelets, tronc creux, contreforts importants…).

– Critères physiques :

  • La hauteur : la mesure de la hauteur peut se faire à l’aide d’une croix de bûcheron, facile à concevoir et utiliser.
    Ce critère dépend de l’essence, (ex: une hauteur de 25m ne suffit pas à un pin laricio pour en faire un arbre remarquable, un olivier de plus de 15m est exceptionnel).
  • La circonférence : elle se mesure à 1.3m du sol, dans un plan perpendiculaire à l’axe du tronc. Comme pour la hauteur ce caractère dépend de l’essence (ex: un châtaigner de 4m n’est pas exceptionnel alors que c’est le cas pour un érable de Montpellier de plus de 3 mètres de circonférence).

– Historique et croyances : l’arbre a-t-il un intérêt historique (associé à un personnage historique, témoin de faits historiques, planté lors d’un évènement…) ? L’arbre est-il associé à une légende ou à une croyance religieuse ou païenne ?

– Critères esthétiques : morphologie et physionomie (aspect tortueux, enlacé, rectitude, forme animale, arbre taillé originalement, couleurs, envergure…), association du ligneux avec le minéral, intérêt paysagé.

 – Critères biologiques : l’arbre a-t-il un fonctionnement original, présente t-il des adaptations particulières au milieu, a-t-il des particularités physiologiques (ex: blanchissement d’une partie du feuillage…) ?

– Autres critères : l’arbre se trouve-t-il hors de son milieu naturel de répartition ? L’arbre est-il isolé ou intégré dans un peuplement remarquable?

Depuis l’an 2000, dans le cadre de l’opération « 200 arbres pour retrouver nos racines », l’association A R B R E S attribue le label « Arbre Remarquable de France ». La création du label « Arbre remarquable de France » contribue à la connaissance et la sauvegarde des arbres d’exception. Une commission de 5 membres se prononce, avec des exigences précises, sur l’attribution du label, qui doit rester une distinction élevée. Il est attribué aux communes, collectivités territoriales, établissements publics et propriétaires privés qui, possédant un arbre exceptionnel, signent un accord de partenariat avec l’association, impliquant notamment : un engagement d’entretien, de sauvegarde et de mise en valeur de l’arbre en question, considéré comme patrimoine naturel et culturel et la mise en place sur le site d’un panneau de présentation de l’arbre portant le logo de l’association. Voici 20 ans naissait l’association A.R.B.R.E.S (Arbres Remarquables, Bilan, Recherches, Etude, Sauvegarde), fruit de la rencontre de Robert Bourdu, « inventeur » de la notion d’arbre remarquable en France, d’Yves-Marie Allain, Directeur des cultures du Jardin des Plantes de Paris et Georges Feterman, déjà passionné par le sujet et initiateur d’un groupe de travail à l’Université Ouverte de Paris VII sur le thème des arbres remarquables. 20 ans plus tard, l’association compte plus de 500 adhérents, des correspondants dans presque tous les départements de France, et un bilan d’activité plus que conforme aux objectifs fixés. Le premier est d’inventorier, étudier, faire connaître et sauvegarder les arbres remarquables de notre pays. L’inventaire se poursuit, sans être, loin s’en faut, parvenu à son terme. Une solide base de données s’enrichit chaque jour de nouvelles découvertes. Le deuxième objectif est de faire connaître ces sujets d’exception au grand public. De multiples initiatives, incluant la participation à plusieurs fêtes des Plantes ou de la Nature, des conférences, des livres contribuent à cet objectif. Leur présence à la Fête des Plantes de Courson est chaque année un solide point d’appui, et l’exposition qui eut lieu à l’Orangerie du Sénat fut un grand moment dans la vie de l’association. Leurs interventions se sont multipliées pour parvenir à sauver tel ou tel arbre remarquable, menacé par l’inconséquence des hommes. Un Comité d’Honneur est créé, comptant dans ses rangs d’éminentes personnalités comme Alain Baraton, Francis Hallé, Claude Bureaux, Aline Corvol, Muriel Nègre ou Didier Van Cauwelaert.

Plusieurs partenariats et conventions ce sont succédés :

  • L’Office National des Forêts, qui a développé une politique efficace de protection des arbres remarquables forestiers.
  • L’Agence des Espaces Verts d’Ile-de-France va développer au niveau régional le label et mettre au service des propriétaires, publics ou privés, les compétences de ses techniciens.
  • La Fondation du Patrimoine s’engage à aider, par leur intermédiaire, des petites communes qui souhaitent entretenir ou mettre en valeur un arbre remarquable.

Enfin la publication de l’ouvrage « Histoires d’arbres remarquables », aux éditions Plume de Carotte est un renfort de poids pour poursuivre tous ces objectifs. Ce livre, qui raconte des histoires d’arbres remarquables  liés à l’histoire des hommes, se veut avant tout un hommage aux dizaines d’adhérents bénévoles qui donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie pour faire vivre une très belle aventure humaine, au service d’un exceptionnel patrimoine naturel et culturel. Pour contacter l’association : 06 32 30 10 28 – www.arbres.org.

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