La Lettre des Arboristes n°5

Pascal Prieur – Arbusticulteur Formateur

Par habitude, une distinction arbitraire est faite entre un arbre, un arbuste et un arbrisseau, essentiellement basée sur la dimension adulte estimée. Cette classification ne répond à rien de scientifique. D’un point de vue physiologique, il n’existe pas de différence fondamentale entre un buis à bordures et un chêne vert ; tous deux sont acrotones. Au printemps, ils « développent plus fortement les rameaux issus des bourgeons de leur extrémité que ceux qui proviennent de la base des rameaux de l’année précédente ». Cette définition s’oppose à celle des plantes basitones, qui « développent régulièrement des pousses d’autant plus vigoureuses qu’elles sont proches de la base (basitonie de rameaux ou basitonie de souche) ou directement à partir de stolons ou de racines ». Le mode de ramification du buis et du chêne est donc inverse à celui des spirées, weigelias et autres forsythias, tous basitones (cf exposé page intérieure). Pour le gestionnaire de ligneux avisé, il existe bien deux grandes catégories, mais ce sont les acrotones et les basitones, auxquels s’ajoutent cependant les mésotones, qui développent des rameaux vigoureux à partir du milieu des axes existants (rameaux médians). La manière de les entretenir se décline en effet selon leur mode de ramification, principe beaucoup plus rationnel et pragmatique que celui de la dimension. Prochainement mises en ligne, les règles professionnelles de l’UNEP relatives à l’entretien des arbustes font une constante distinction entre plantes acrotones, basitones ou mésotones, et les conseils qui se rapportent aux arbustes acrotones sont en parfaite adéquation avec ceux qui se rapportent aux arbres. Voici bien la preuve que la manière de juger les ligneux est à repenser !

Le contexte actuel de la gestion des arbustes

Les forestiers établissent des plans de gestion de leurs arbres depuis fort longtemps, parce qu’ils savent que seule une vision sur le long terme permet de récolter des bois d’œuvre de bonne qualité. De même, depuis quelques décennies, de plus en plus de responsables de patrimoines arborés urbains préparent des plans de gestion, afin d’assurer à leur arbres une bonne pérennité tout en respectant les nombreuses contraintes de la ville (bâti, réseaux aériens et souterrains, exigences des riverains, sécurité…). Enfin, les responsables d’espaces verts commencent petit à petit à préparer des plans de gestion des arbustes, principalement pour tenir compte des contraintes économiques, mais également depuis qu’ils abordent l’entretien des espaces verts dans une logique de gestion différenciée et « durable » : alors que depuis des générations la gestion des espaces verts était menée dans une approche essentiellement horticole et interventionniste, de nos jours, de plus en plus, l’entretien est adapté à chaque espace, en fonction de sa composition, ses usages, sa surface, son intérêt écologique : le jardin près de la mairie est entretenu de façon bien plus intensive que l’espace vert plus rustique de la zone pavillonnaire, et le grand parc de loisirs est entretenu de façon extensive.

Les enjeux de la gestion des arbustes dans les espaces verts

Les arbustes répondent à de nombreux objectifs : cloisonnement des espaces ; décor au fil de l’année par le port, le feuillage, la floraison, les fruits, la couleur des rameaux ; protection des pieds d’arbres ; supports de biodiversité ; ombrage pour les plus grands d’entre eux… Du fait de ces usages très variés, les arbustes représentent généralement le poste le plus lourd au sein des espaces verts de collectivités, avec parfois plus de 50% des temps de travaux. Ils génèrent aussi la majorité des rémanents ligneux du fait des tailles répétées. Les jardiniers qui souhaiteraient entretenir leurs arbustes en respectant les règles de l’art traditionnelles ne trouvent pas toujours le temps de réaliser les tailles de post-floraison de ceux fleurissant au printemps, car ils sont à ce moment-là mobilisés sur d’autres actions prioritaires (tontes, fleurissement événementiel…). Il faut noter que ces dernières décennies, en croyant gagner du temps alors qu’en fait cela augmente celui de ramassage, on a souvent remplacé l’usage des sécateurs et des scies par celui des taille-haies, ce qui a fortement dégradé la qualité paysagère des structures arbustives, supprimant la plupart des floraisons et banalisant les formes. Ces tailles standardisées diminuent l’intérêt écologique des arbustes et restreignent fréquemment leur longévité. Pour toutes ces raisons, le besoin de plans de gestion des arbustes s’impose petit à petit. Et pour pouvoir planifier les opérations d’entretien, il est important de choisir les modalités de taille adaptées à chaque espèce en fonction de sa situation.

Connaître les modes de développement et de floraison des arbustes pour bien les tailler

L’architecture de certains arbustes (les acrotones) est semblable à celle des grands arbres, mais chez beaucoup d’autres essences, elle est plus complexe. Ce court article est d’ailleurs l’occasion de rendre hommage à Pierre Raimbault, enseignant chercheur largement connu des arboristes pour ses travaux sur les arbres, qui a été par ailleurs précurseur dans la recherche sur l’architecture des arbustes. La plupart des concepts utilisés actuellement pour ceux-ci sont largement issus de ses travaux… La basitonie de nombreux arbustes (qui renouvellent leur rameaux à partir de la souche ou à proximité de celle-ci) induit des modalités de tailles particulières, par éclaircie près du sol : les branches les plus anciennes sont coupées, ce qui stimule l’apparition de nouveaux rameaux. Les arbustes qui produisent des rameaux médians peuvent être taillés sur relais potentiels, comme pour des arbres dont on souhaite contenir le volume en maintenant la forme « naturelle », ou bien éclaircis sur souche s’ils sont aussi basitones. Quant aux arbustes acrotones, ils peuvent eux être taillés comme les arbres, par sélection sur relais potentiels pour les contenir, ou par réduction : tonte pour les topiaires et les haies régulières, sur prolongement ou têtes de chat pour d’autres formes architecturées. Puisque ces trois modes de ramification peuvent se cumuler à différents degrés sur une même plante, comme savent très bien le faire le noisetier ou le laurier sauce, il faut adapter la taille à chaque cas particulier. Enfin, quel que soit leur mode de ramification, la plupart des arbustes peuvent être recépés au ras du sol, ce qui est très adapté aux espaces à gestion extensive. L’autre particularité des arbustes qu’il faut prendre en compte pour la taille est le mode de floraison : certains fleurissent sur les pousses de l’année et peuvent donc subir des tailles de réduction hivernales. D’autres fleurissent sur les bois des années précédentes et ne doivent pas être réduits en hiver. Ils peuvent cependant être éclaircis sur souche ou taillés sur relais potentiels, après floraison mais aussi en hiver, ce qui permet de mieux gérer l’organisation annuelle des travaux. Enfin, il faut savoir que, contrairement aux idées reçues, la plupart des arbustes ne nécessitent aucune taille pour bien fleurir ! En conclusion, pour une essence donnée, la diversité des tailles possibles permet d’adapter l’intervention à chaque cas particulier : un forsythia, basitone, sera éclairci sitôt floraison s’il est dans un jardin très soigné, un autre dans un espace plus rustique sera éclairci en cours d’hiver tous les 1 ou 2 ans, un dernier présent dans un massif près d’une rocade sera recépé tous les 8 à 15 ans. Et celui qui est bien placé dans un grand jardin pourra n’être jamais taillé tout en fleurissant très bien… Comme pour les arbres, les clés pour une gestion raisonnée des arbustes résident dans une chaîne cohérente : bon choix des essences (volume adulte et association d’espèces en particulier) ; plantation raisonnée (densité et distances suffisantes des limites qu’ils ne doivent pas dépasser) ; préparation dès la plantation d’un plan de gestion définissant les entretiens au fil du temps.

Quelles perspectives pour les arbustes ?

La problématique de la gestion des arbustes ressemble beaucoup à celle des arbres, avec cependant moins de risques mécaniques (la chute d’un grand buis est moins dangereuse que celle d’un cèdre adulte…) mais avec plus d’enjeux financiers et d’impacts décoratifs immédiats, et une plus grande complexité de situations, de types de développement et donc de modalités d’intervention. Néanmoins, le fait que de plus en plus d’arboristes s’intéressent aux arbustes montre bien que les ligneux échappent aux catégories arbitraires. Et les échanges d’expériences entre professionnels sont encourageants pour l’avenir de tous nos végétaux, grands et petits, et des usages qui en sont faits. Pour en savoir plus, il est possible de se référer au site internet des Arbusticulteurs (http://www.arbusticulteurs.fr). Des précisions y sont apportées entre autres sur les travaux menés en partenariat avec Plante & Cité sur la taille et sur la conception de massifs plus faciles à gérer. Voir également “différents types de ramification chez les arbustes” sur http://www.arbres-caue77.org/videos/arboclips04.html.

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