La Lettre des Arboristes n°10

AU CŒUR DE L’ARBRE

Depuis la nuit des temps, l’arbre fascine, l’arbre attire, l’arbre rassure… Sa verticalité en fait un lieu où le ciel s’unit à la Terre, trait d’union entre les flux telluriques supposés du sol et de l’air. Sa longévité incarne la vie en perpétuelle évolution et sa masse imposante témoigne de sa puissance et de l’énergie qui l’anime. Sa silhouette se dessine dans toutes les religions, l’ésotérisme s’empare de son image et invite à communiquer avec ces grands êtres « Auprès de mon arbre, je vivais heureux ». Cette curieuse entrée en matière doit interpeller le citoyen critique, soucieux de ne pas se laisser berner par de douces paroles infondées. L’esprit critique s’éveille à la lecture de ces mots et s’interroge. Il est vrai que l’arbre vit longtemps, dressé dans l’air, faisant fi de la gravité et résistant aux coups de vent qui l’assaillent. Y a-t-il pour autant besoin d’y mettre du surnaturel ? De quoi l’arbre est-il fait, quelle est la mécanique qui le maintient debout, « droit comme un i » ? La science et ses méthodes, sa démarche rigoureuse, se penche sur ces questions depuis des années. A Clermont-Ferrand, des scientifiques appartenant à la fois à l’Université et à l’INRA œuvrent au sein du laboratoire PIAF (http://www6.ara.inra.fr/piaf) pour comprendre quels sont les mécanismes biologiques et physiques régulant la posture érigée de l’arbre. Le dossier « Au cœur de l’arbre », en vous plongeant dans son intimité, vous offre de découvrir quelques-unes de leurs découvertes, publiées et approuvées par la communauté internationale scientifique. De quoi éclairer le citoyen qui s’interroge et lui apporter des éléments scientifiques, tangibles et étayés de preuves expérimentales. Chacun sera alors en mesure d’apprécier les prouesses mécaniques de l’arbre dressé dans l’air, un être vivant capable de percevoir sa position dans l’espace et de corriger sa posture par des mouvements lents de croissance. Pas besoin d’ésotérisme et de croyances quand la science apporte des réponses ! On pourra toujours se laisser gagner par l’émerveillement, ce n’est pas interdit ! Marie Curie, selon ses propres mots, faisait partie « (…) de ceux qui pensent que la science est d’une grande beauté. Un scientifique dans son laboratoire est (…) aussi un enfant placé devant des phénomènes naturels qui l’impressionnent comme des contes de fée ». L’émerveillement est un bon début au questionnement et ouvre la porte au désir de comprendre. Regarder un arbre et y voir de la puissance, l’incarnation d’une énergie, pourquoi pas ? Si c’est ensuite pour le respecter et vouloir en comprendre le fonctionnement, la démarche est louable ! Avant de plonger ensemble au cœur de l’arbre, laissons encore le mot de la fin à Marie Curie et à la science… « Sans la curiosité de l’esprit, que serions-nous ? Telle est bien la beauté et la noblesse de la science : désir sans fin de repousser les frontières du savoir, de traquer les secrets de la matière et de la vie, sans idée préconçue (…) ».

L’arbre est une plante ligneuse (remplie de bois) avec un tronc unique et des branches qui forment le houppier. Le bois, tissu principal de l’arbre, est mort au cœur des axes (duramen) ou vivant à la périphérie (aubier). Il assure à la fois la tenue mécanique de l’arbre, la circulation ascendante de la sève brute, une eau chargée des éléments minéraux puisés dans le sol, et la mise en réserve des sucres produits par la photosynthèse des feuilles. Coiffant le bois, le liber permet la circulation de la sève élaborée fabriquée par les feuilles. Bois et liber sont fabriqués par le cambium une fine pellicule de cellules en division, éternellement juvéniles. Enfin, l’arbre est enveloppé de liège, souple et imperméable, qui protège les axes des chocs, de la déshydratation, du froid de l’hiver ou de la chaleur intense de l’été. Trois tissus suffisent donc pour construire un arbre (sans ses feuilles), alors qu’il en faut plus d’une centaine pour faire un homme !  Les cellules du bois sont des murs (les parois cellulosiques) imprégnées de lignine, une molécule qui rigidifie et imperméabilise. Les vaisseaux sont la tuyauterie qui permet la montée de la sève brute, les fibres par leur nombre et leur paroi épaissie rigide assurent le soutien mécanique de l’arbre et les rayons ligneux, seules cellules vivantes de l’aubier (elles meurent dans le duramen), sont emplies d’amidon mobilisable pendant l’hiver lors des processus de résistance au gel et au printemps lors du débourrement des bourgeons. Vaisseaux et fibres, allongés dans l’axe du tronc, forment le système vertical entrecroisé des rayons ligneux, le système horizontal.

Matériau mécaniquement idéal, le bois est un squelette léger, rigide et résistant. Léger ? Grâce à ses nombreuses lumières, il est poreux, permettant d’élancer de hautes colonnes vers le ciel. Rigide ? Grâce à la lignine qui l’imprègne et le durcit, il érige un axe vertical dans l’air non porteur. Résistant ? La disposition entrecroisée de ses cellules, tels les fils de chaîne et les fils de trame d’une étoffe, augmente la résistance à la casse face au vent. Ce squelette idéal est évolutif car l’arbre grandit toute sa vie. Chaque printemps, ses bourgeons allongent et ramifient les branches tandis que de nouveaux cernes de bois épaississent les axes. Ces nouvelles structures s’ajoutent aux structures existantes, en un développement indéfini et additif qui participe à la longévité de l’individu. Cependant, de plus en plus haut, de plus en plus large, de plus en plus ramifié, son houppier offre une prise au vent toujours plus grande. La force exercée par le vent se traduit par un effet « bras de levier » à la base du tronc, d’autant plus fort que le tronc est haut.  De même, le poids propre des branches qui s’épaississent avec l’âge, accentue petit à petit leur effet « bras de levier » sur le tronc. Pour se construire à la verticale malgré la gravité et le poids croissant de sa structure, et pour résister aux caprices du vent qui exerce des forces colossales sur lui, l’arbre adapte son diamètre (et donc sa croissance). Il fait de la thigmomorphogenèse (du grec thigmo- = « toucher » et -morphogenèse = « acquisition de la forme ») et pratique l’art de pousser et d’acquérir une forme modelée par son environnement mécanique. Soumis à une flexion répétée, il pousse moins haut que les témoins, son tronc est plus large (plus épais) et son ancrage racinaire accru. Le port général de l’arbre au vent est ainsi plus trapu, pour une meilleure résistance au vent. Un tronc incliné (vent, pente) parvient à se redresser au prix d’une courbure élégante de la base de son tronc. Dans la zone de courbure, la moelle est excentrée et les cernes de bois, du côté concave de la courbure, sont plus larges par dépôt d’un bois de réaction fabriqué en réponse à l’inclinaison du tronc. Lors de la maturation du bois de tension, les parois des fibres se rétractent dans le sens longitudinal, agissent comme de multiples petits haubans qui installent progressivement une tension mécanique formidable. Ce bois de tension tire lentement le tronc vers le haut et le redresse par courbure de sa base. Le bois est donc à la fois système porteur de l’arbre (son « squelette ») et système moteur pour le mouvement de redressement (ses « muscles »). En même temps, un dépôt concomitant de bois de tension plus haut, sur la face opposée à la première, engendre une décourbure progressive, qui se propage vers la base et rectifie la ligne du tronc. Au final, le tronc incliné retrouve verticalité et rectitude. Reste à comprendre comment l’arbre contrôle son redressement à la verticale et sa rectification. On sait depuis les travaux de Darwin au XIXème siècle qu’une plante à l’horizontale se courbe et se redresse grâce à des mouvements de croissance (gravitropisme). Elle perçoit donc la gravité, faisant comme l’homme de la graviperception. Notre laboratoire a réalisé en 2013, en collaboration avec des mathématiciens de l’Ecole Polytechnique à Paris, la modélisation mathématique du redressement d’un arbre sur un ordinateur, afin de comprendre quels facteurs interviennent dans le contrôle de la posture. Ainsi les arbres (les plantes en général) ajustent leur posture en permanence, en réponse à la gravité et à leur propre déformation (leur courbure). Ils sont capables d’intégrer plusieurs signaux pour une véritable coordination de leurs mouvements. Ces découvertes récentes laissent loin derrière l’idée préconçue héritée du passé que les plantes, « ça ne bouge pas » !

Catherine LENNE – Maître de Conférences, Directrice de la Maison pour la Science en Auvergne

 

ECLAIRAGE SUR LES FACTEURS DE PENIBILITE

Du changement depuis le 1er juillet 2016, 6 nouveaux facteurs sont pris en compte pour le compte prévention pénibilité :

  • Les manutentions manuelles de charges
  • Les postures pénibles
  • Les vibrations mécaniques
  • Les agents chimiques dangereux
  • Les températures extrêmes
  • Le bruit

Votre entreprise est concernée si elle emploie des salariés exposés à l’un ou plusieurs des facteurs de risques au-delà des seuils fixés. Pour la profession d’élagueur, c’est essentiellement le facteur des vibrations mécaniques qui est retenu.
Que dit le texte ? Un travailleur sera considéré comme exposé à ce facteur au titre de la pénibilité dès lors que le temps cumulé d’exposition à des vibrations transmises aux mains et aux bras, ou  à l’ensemble du corps, est supérieur ou égal à 450 heures par an. Quid du facteur des postures pénibles ? Les élagueurs ne sont pas soumis aux postures pénibles. En effet, la pénibilité répond à une réglementation précise avec des facteurs de risque définis par des seuils. Ainsi, une activité peut être difficile sans atteindre le seuil de pénibilité, ce qui s’avère être le cas pour les élagueurs. Il est important de noter que lorsqu’un salarié est exposé à des facteurs de pénibilité au-delà de certains seuils, l’employeur doit établir une déclaration et s’acquitter d’une cotisation. Le salarié bénéficie alors d’un compte personnel de prévention de la pénibilité sur lequel il peut cumuler des points qui lui ouvrent des droits. Un référentiel professionnel de la branche est cours d’élaboration, il devrait ainsi fixer clairement les professions concernées et les facteurs retenus.  En attendant, pour connaître les seuils, comprendre vos droits, obligations et démarches liés au Compte Prévention Pénibilité je vous invite à consulter le site www.preventionpenibilite.fr ou contacter le 09 71 10 36 82.

 

FOCUS SUR LES BROYEURS DE BRANCHES

Depuis le 1er septembre 2016, date de parution de la note d’instruction du ministère de l’Agriculture sur la mise en conformité des broyeurs à branches, vous vous posez de nombreuses questions sur vos broyeurs.  Cette note indique que l’ancienne norme de sécurité des broyeurs à branche était insuffisante et que votre sécurité et celle de vos employés n’est plus assurée. Elle a donc été retirée. A présent, ce sont les autres règles de sécurité et d’évaluation des risques qui s’appliquent. D’après le code du Travail, si vous possédez un broyeur conforme à l’ancienne norme, vous avez l’obligation, en tant qu’employeur, de vérifier que votre machine est sûre et à défaut, de la mettre en sécurité. Dès que possible, vous devez mettre en conformité votre machine. Le cas échéant, selon les critères de non-conformité, vous avez entre 12 et 18 mois pour mettre en sécurité votre machine. Attention, le compte à rebours a commencé le 1er septembre 2016 ! Tous les broyeurs ne sont pas concernés, vous devez vous rapprocher de votre revendeur ou de votre préventeur MSA. Nous mettons à votre disposition une fiche d’autocontrôle de votre broyeur.
Si votre broyeur est concerné, vous devez vous tourner vers le fabricant ou à défaut le distributeur pour acquérir un kit de mise en sécurité. Nous vous conseillons de faire appel à un prestataire pour vous assister, afin d’éviter tout risque d’empirer la situation avec un kit mal monté. Selon les coûts, il faut bien noter que toutes les machines actuellement en vente ne sont pas forcément aux normes. Vous pouvez, à votre convenance : vous munir de la fiche de diagnostic pour les machines à risques, pour savoir quelle machine ne pas acheter, demander une attestation écrite au vendeur pour la conformité de la machine, faire appel à votre préventeur MSA, ou un technicien de la DIRECCTE, pour savoir quel modèle choisir. Si vous avez acheté un broyeur depuis moins d’un an et que celui n’est pas conforme, vous devez demander la résolution de la vente. En effet, dans ce cas précis, le vendeur est responsable de vous avoir vendu une machine non conforme. Le loueur n’a pas de délai de mise en conformité. Il doit, dès à présent, vous louer une machine conforme. Vous devez donc vérifier la conformité du matériel loué. Attention en cas de prêt de matériel, celui-ci doit être conforme sous réserve d’engager votre responsabilité.

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