Management et confiance, une piste à creuser !

 

par Anne Mabire – Le Lien Horticole # 1075

Conseillère en organisation et gestion auprès des TPE / PME paysagistes, pépiniéristes et maraîchers, Marie Roulleau a créé Conseil Vert en 2010, à Carquefou (44).

Elle explique sa philosophie de travail : “J’ai créé cette activité pour accompagner les entreprises vers davantage de performance, en s’appuyant sur l’intelligence collective. Notre objectif est de remettre l’Homme au coeur de l’entreprise et de donner du sens au travail de chacun. Écouter et considérer chaque personne pour conserver l’envie et la motivation : de la performance individuelle naît la performance collective. Travailler ensemble, redécouvrir l’intelligence collective… car il y a plus d’idées dans deux têtes que dans une”. Consultante spécialisée dans l’accompagnement d’entreprises horticoles, Marie Roulleau invite les chefs d’entreprise à lâcher prise. Un choix qui implique de définir ses valeurs et de laisser de la place à la discussion. 

De sa création à sa transmission ou sa cession, la vie d’une entreprise est tout sauf un long fleuve tranquille. Entre ces deux étapes, ” elle va connaître des phases de croissance – interne voire externe – mais aussi de décroissance. Et à chaque fois “, rappelle Marie Roulleau, ” il y a un impact sur l’organisation du travail et sa fluidité “. Consultante auprès d’entreprises horticoles et paysagères qui vivent une période particulière de leur existence (création, reprise, agrandissement…), la jeune femme intervenait dans le cadre du premier pôle Formation / Emploi au Salon du Végétal, en juin dernier à Nantes (44). Elle constate que lorsque le rythme de travail s’accélère ou que le niveau d’exigence augmente, ” il y a chez ces chefs d’entreprise la tentation très forte de faire les choses soi-même et tout de suite. ” Mais, constate-t-elle, ” en agissant ainsi, ils risquent de s’épuiser rapidement avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur leur santé et sur celle de l’entreprise “.

 

Priorités : ériger ses valeurs !

 

Face à ce risque, l’experte, formée aux neurosciences, propose d’adopter une démarche d’équipe. ” Cela demande que le responsable de l’entreprise accepte de lâcher prise, qu’il se mette dans une démarche de confiance vis-à-vis de ses salariés “, admet-elle. Cela demande aussi que des priorités ” érigées en véritables valeurs ” soient définies. ” Ce travail “, pointe Marie Roulleau, ” relève expressément de la responsabilité du chef d’entreprise. C’est à lui seul de définir ce qui doit primer, deux ou trois valeurs pourraient suffire à donner le cap mais ce travail est important pour les salariés. Il répond à leur besoin de sens au travail et leur permet de comprendre les spécificités de l’entreprise “.

 

Développer la reconnaissance au travail pour améliorer la performance

 

Ce travail autour des valeurs de l’entreprise n’est toutefois pas toujours suffisant. ” Pour que la performance soit au rendez-vous de manière durable, il faut aussi savoir reconnaître le travail effectué et la personne qui le fait “. Le salaire est l’une des clés. ” Il doit effectivement être en adéquation avec les tâches réalisées “, plaide Marie Roulleau, mais pour autant, ” il n’est pas le seul levier de reconnaissance “. Au quotidien, beaucoup de choses passent par les relations. ” Lorsque vos collègues reconnaissent vos compétences, quand vos supérieurs vous soutiennent, quand vous vous sentez utile au sein d’une équipe, c’est en réalité l’efficacité de l’entreprise dans son ensemble qui augmente “, résume la consultante.

 

Des compliments, la responsabilité de la formation…

 

Pour développer ces relations positives, les outils ne manquent pas. Nombreux, ils sont aussi très variés. ” Un chef d’entreprise peut, par exemple, décider d’impliquer les salariés dans l’aménagement – ou le réaménagement – du site de production ou dans les bilans de production. Il pourra aussi prendre pour habitude de restituer les compliments reçus d’un client aux salariés qui ont élevé les plantes, réalisé le chantier, répondu présent aux périodes de pointe… Souvent “, complète Marie Roulleau, ” les compliments restent dans le bureau du dirigeant alors qu’en réalité, ils sont un excellent levier de motivation et d’efficacité au travail “.

Parmi les autres pistes intéressantes à explorer, Marie Roulleau évoque encore la transmission des savoirs-faire et la consultation. ” Confier à un salarié expérimenté la formation d’un plus jeune ou bien encore associer les salariés au choix d’un matériel sont de très bons moyens d’émulation au sein d’une entreprise, à condition toutefois de rester cohérent. Si vous demandez leur avis aux salariés et faites un autre choix sans l’expliquer,

c’est une catastrophe sur le plan de la motivation. Dans une situation comme celle-ci, il aurait mieux valu ne rien faire “.

 

Valeurs : ne pas transiger

 

Lâcher prise, faire confiance, reconnaître le travail de ses salariés… Soit, mais la vigilance reste de mise. ” Motiver les gens, c’est créer chez eux l’envie de s’engager. Pour autant, un responsable d’entreprise ne doit pas transiger avec les priorités, les valeurs qu’il a lui-même définies “. Au besoin, il devra donc savoir dire ce qui ne va pas ” d’une manière à la fois juste et nominative, pas devant l’équipe. Adopter un management de confiance, c’est aussi “, insiste Marie Roulleau, ” laisser la place à la discussion et ne pas avoir peur, du côté de l’employeur comme du salarié, de la porter sur le terrain des valeurs. C’est ce type de discussion qui permet, comme je l’ai récemment vu dans une entreprise paysagère, de passer par exemple d’un objectif commercial ” chiffre d’affaires ” à un objectif ” satisfaction du client “. Ce type de décision peut au quotidien changer beaucoup de choses et renforcer la performance de l’entreprise “.